La
découverte d’un élément suffisamment
sensible pour être exposé dans une chambre
noire constitue le second volet, tout aussi indispensable,
de l’histoire de la photographie. Le nitrate d’argent
était connu depuis mille ans, on l’utilisait
pour teindre en noir le bois, les fourrures, les plumes;
pourtant personne, avant le début du XVIIIe siècle,
ne s’était avisé de rechercher la cause
de son noircissement. Ce fut Johann Heinrich Schulze
qui, en 1725, découvrit que cette cause était
la lumière. Trente ans plus tard, Giovanni Battista
Beccaria fit la même observation sur le chlorure
d’argent, connu (ou plutôt méconnu) depuis
le XVIe siècle. Il fallut donc attendre
1777 pour voir le chimiste suédois Carl Wilhelm
Scheele étudier enfin sérieusement le
papier au chlorure d’argent exposé au spectre
solaire. Ce n’est qu’à la suite de cela que les
observations se multiplièrent sur les sels d’argent,
d'or, de mercure et de fer, ainsi que sur les substances
organiques (ce que nous avons redécouvert de
nos jours): J. Senebier, notamment, fit des expériences
sur la plupart des résines naturelles connues
à cette époque et, entre autres, la résine
de bois de gaïac que la lumière colore en
bleu. Mais obtenir une image à la chambre noire
était tout autre chose.
Le premier à avoir
eu l’idée d’essayer d’obtenir une image à
la chambre noire semble avoir été le physicien
allemand Johann Wilhelm Ritter en 1801; mais son chlorure
d’argent était trop peu sensible. Les deuxièmes
furent Thomas Wedgwood et Humphry Davy en 1802; ils
utilisaient du papier au nitrate d’argent mais n’obtinrent
que peu de succès, sauf quelques traces. Le troisième
fut Joseph Nicéphore Niépce, en 1816,
avec du chlorure d’argent dont il obtint quelques pâles
négatifs; il fut d’ailleurs confronté,
comme tous les autres, au problème important
du fixage. Après avoir essayé divers autres
produits, Niépce se tourna vers le bitume de
Judée – l’ancêtre de nos photopolymères –
qui donna des résultats encourageants mais encore
insuffisants (1822). Deux modifications de sa technique
furent décisives, après la plaque d’étain:
l’utilisation d’une plaque d’argent (ou plutôt
de cuivre argenté) comme support du bitume, à
cause de son pouvoir réfléchissant, et
l’exposition de la plaque dépouillée aux
vapeurs d’iode, métalloïde que Bernard Courtois
venait tout juste de découvrir en 1811. Cette
ioduration avait pour but de noircir les régions
mises à nu. Mais c’est Louis Jacques Mandé
Daguerre qui saura mettre en valeur ces deux éléments,
à la suite de son association avec Niépce,
en 1829 (lequel mourra en 1833). Deux découvertes
dues au hasard mirent Daguerre sur la voie; il remarqua
tout d’abord que les plaques d’argent ioduré
sont sensibles à la lumière, puis que
les vapeurs de mercure, en s'amalgamant à l’argent
des parties insolées, rendent l’image visible,
dans sa forme positive parfaite. Le procédé
était extrêmement laborieux, exigeant une
boîte à iode et un cabinet à mercure
chauffé; les temps de pose étaient de
vingt à trente minutes, mais le résultat
fut prodigieux et la perfection picturale atteinte du
premier coup. Le procédé, acheté
par le gouvernement français, fut divulgué
le 19 août 1839, et la nouvelle de l’invention
qualifiée d'incroyable. Il convient d’ajouter
que le procédé ne devint pratique que
grâce à l’addition de brome, au fixage
à l’hyposulfite au lieu d’eau salée, et
aux objectifs de Chevalier et de Petzval, à grande
ouverture.
 
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